Merci pour l'accueil que vous avez réservé au premier numéro de Merveilles Ordinaires et pour vos nombreux retours !
J'ai adoré découvrir les 3 mots que vous avez choisi pour qualifier l'objet que vous aviez saisi : "bleu, papier, japon" "noire, veloutée, quelconque" "vision aquariumnique, pratique, élastique" … j’ai été déconcertée et cela m’a réjouie. Alors, pour entamer ce numéro et boucler la boucle, je vous parle à mon tour d’un de mes objets familiers.
Alors que je fourmille d’envies et d’idées à partager pour la suite, le défi du mois était celui de la constance, histoire que la première édition des Merveilles Ordinaires ne reste pas seulette. J’espère que le mélange de mars éveillera votre curiosité et vous donnera envie d’en parler autour de vous.
N’hésitez pas à répondre à ce mail pour me faire part de vos réactions, vos idées, vos expériences ou vos envies.
Bonne lecture !
Une histoire d’usure et d’adaptation
Je me suis assise sur mes lunettes pour au moins la millième fois depuis qu'elles accompagnent mon quotidien. Je l'ai fait sans délicatesse bien sûr : elles ont l'habitude, depuis presque dix ans que je les perds avec constance pour les découvrir de façon inconfortable sous mon auguste fessier.
Je ne savais pas qu'elles étaient si fatiguées, elles ne m'en avaient jamais rien dit. Elles se sont brisées sans éclat, sans même un petit "crac" d'adieu. Et sans cet objet à portée de main, je me suis trouvée fort dépourvue face à une myopie habituellement domestiquée.
[Il faut que vous le sachiez : je porte toujours mes lentilles quand je sors de chez moi. Cette perte de repère est donc circonscrite à mon intérieur et mon air égaré, offert uniquement à mes proches.]
Le délai avant de pouvoir être équipée de nouvelles compagnes de vue est assez long : j'ai le temps de vivre de nombreux tâtonnements et un choix s’offre quotidiennement à moi. Soit je porte mes lunettes rafistolées, calées sur la seule branche de l'oreille gauche et donc de biais : j'y vois alors clair mais je suis rapidement nauséeuse. Soit je décide de ne pas les porter et j'avance dans le flou en m’appuyant sur ma connaissance de mon environnement. Je suis efficace pour les gestes pratiques mais impossible par contre de lire le visage de mes proches.
Passé l’agacement des premiers jours, je suis surprise d’avec quelle rapidité je me suis accoutumée à cet inconfort, à ces alternatives hasardeuses. Et je me demande maintenant quelles autres fissures légères pourraient surgir dans mon quotidien bien rôdé pour le faire s’ébrouer un peu …
Pour ce mois de mars, j'arrive avec une nouvelle proposition dans laquelle plonger sans attendre.
A partir de maintenant et sans plus hésiter - il n'y a pas de danger :
Portez attention à tout ce que vous touchez
Ce que vos mains touchent bien sûr mais aussi, plus largement, ce que votre peau touche, ce avec quoi vous rentrez en contact.
Percevez les différentes textures : lisse, râpeuse, aqueuse, rêche, sableuse, piquante, grasse, ébréchée, douce, collante … ?
Remarquez leur chaleur ou leur fraîcheur, suivez leurs angles et leurs courbes, leur degré de dureté ou de mollesse …
Prenez le temps de laisser les sensations s'installer.
Vous pouvez, si vous en avez envie, noter vos sensations, réactions, observations dans un carnet ou dans votre téléphone pour pouvoir y revenir plus tard.
Est-ce agréable, troublant, déplaisant, surprenant, étourdissant ? Autre chose encore ?
Qu'est-ce que ces surfaces évoquent pour vous ?
Quels souvenirs leur contact rappelle-t-il ?
Prenez le temps de faire durer l’expérience si vous le pouvez, de la poursuivre dans des environnement et contextes variés.
Et c’est tout.
Toujours pas de leçon ni de conclusion à ce petit jeu. J'espère juste qu'il vous a plu et peut-être intrigué.e. N’hésitez pas à m’écrire pour en parler.
Un tout petit livre au titre interminable : L'étrange et folle aventure du grille-pain, de la machine à coudre et des gens qui s'en servent, Gil Bartholeyns et Manuel Charpy aux Editions Premier Parallèle.
Pour faire écho à la proposition de la newsletter précédente, ce bref essai raconte comment les objets de notre quotidien ont transformé notre vie entre symboles de progression sociale et piège de l'obsolescence programmée.
Une chanson pour regarder flotter les nuages dans le ciel bleu : Because, chanté par Rosemary Standley.
Ecrit et interprété par les Beatles, ce “classique” de 1969 a connu de nombreuses reprises. J'aime particulièrement celle-ci, portée par la voix changeante d’une artiste dont j’admire la présence.
Un jeu d’observation et de rapidité : le Bazar Bizarre de Gigamix.
Cinq petits objets colorés sont sur la table. Vous retournez une carte qui en représente deux. Si un des objets est dessiné dans sa couleur, vous devez vous en emparer avant les autres. Parfois, couleurs et objets ne correspondent pas … il vous faut alors saisir l’objet qui n’a rien en commun avec la carte. Un jeu qui semble simple mais qui met les réflexes à rude épreuve !
Et voilà, la newsletter de mars est finie ! Elle est toujours brève pour se faufiler dans votre quotidien et vous accompagner sans s’imposer. Pari réussi ? Vous avez d’autres envies ? Dites-moi tout !
A bientôt !