Janvier se termine ... avez-vous pris le temps de respirer ?
Quel plaisir de découvrir vos objets magiques issus de la newsletter précédente ! Entre sauce relevée, animal de compagnie, réceptacle à sentiments, habits de lumière, caillou, bidule de cuisine ou encore dispositif façon catapulte, j’ai l’impression que vous vous êtes bien amusé.es et que l’année va être joyeuse et tonique …
Trois jours par semaine je travaille en entreprise. J’arrive au bureau, je salue la jeune femme à l’accueil, je passe machinalement mon badge au tourniquet, je prends l’ascenseur qui veut bien fonctionner, j’arrive à mon étage sur un palier couleur crème, je circule entre différentes salles de réunion, je discute auprès de la machine à café, je me connecte à des appels avec de lointains collègues, j’envoie des mails avec diligence. Mes journées sont très remplies et, souvent, je ne sais pas dire s’il a plu ou fait soleil durant les heures passées à rester concentrée sur ce que j’ai à accomplir.
La semaine dernière pourtant, alors que je partais chercher de quoi déjeuner en bonne compagnie, j’ai croisé un lutin dans l’ascenseur.
J’étais un peu hébétée et l’air frais du dehors ne m’avait pas encore extraite de cette transe étrange que peut susciter en moi l’enchaînement de réunions, discussions, décisions. J’ai donc machinalement appuyé sur le bouton du rez-de-chaussée, adoptant cette posture silencieuse et impassible qui suspend les conversations dans un espace que l’on partage brièvement avec des inconnus.
Je n’avais pas vraiment regardé autour de moi mais mon œil a soudainement enregistré un « détail » surprenant : dans l’habitacle, parmi les habits plutôt sombres et neutres des employés, un homme tenait un râteau. Un râteau à feuilles, aux griffes souples déployées, maintenues prudemment loin du visage des autres passagers. J’ai rapidement passé en revue le détenteur de l’outil, de pied en cap et un autre détail m’a saisie.
Cet homme était en chaussettes, sa main libre tenant une paire de baskets fatiguées. Les autres passagers descendus, je lui ai fait part de ma curiosité à le croiser ainsi déchaussé dans des locaux à l’esthétique assez standardisée.
« C’est pour ne pas salir la moquette » m’a-t-il gentiment répondu.
Faisons une expérience …
Pour finir janvier avec curiosité, je vous propose de tenter un truc simple mais pas si fréquent : prenez une grande inspiration et essayez d’
identifier les odeurs autour de vous
Quelles odeurs pouvez-vous distinguer spontanément ? Lesquelles sont ténues au point de presque vous échapper ? Est-il facile de les nommer ? Lesquelles vous sont agréables ? Et lesquelles vous déplaisent ? Savez-vous pourquoi ? Quelles associations d’idées, de souvenirs provoquent-elles ? Où et quand les avez vous senties pour la première fois ?
Maintenant que vous êtes lancé.es vous pouvez choisir de poursuivre cette expérience tout au long de la journée ou bien vous mettre en quête d’une odeur particulière, ordonner les odeurs rencontrées selon votre logique personnelle, partager ce qu’elles vous évoquent avec un proche, vous concentrer pour fixer dans votre nez et votre esprit une odeur significative ... ou tout autre chose que vous jugerez plaisante pour vous.
En voilà une expérience !
Et pourtant, toujours pas de leçon ni conclusion à ce petit jeu.
Je me demande bien ce que cette proposition a suscité en vous et si avez découvert de nouvelles senteurs …
J’écoute Hanaé par un dimanche pluvieux alors qu’elle marche d’un bon pas pour arriver à l’heure au théâtre. (Décidément, les personnes qui me content leurs merveilles sont souvent en mouvement …). Elle me parle sur le ton énergique et décidé que je lui connais, résolue à me faire découvrir sans tarder une de ses merveilles ordinaires.
Hanaé sait exactement de laquelle elle veut me parler, une qu’elle chérit depuis plusieurs années déjà et qui résonne particulièrement pour elle ces derniers mois : elle habite en face d’un cimetière !
Une fois cette information donnée, elle fait une halte dans son propos comme pour me laisser doucement réaliser cette incroyable ravissement. Je suis curieuse et, je l’avoue bien volontiers, un peu interloquée.
Elle me raconte comment ils ont emménagé dans cet appartement avec son amoureux à la naissance de leurs filles. Depuis leur chambre, ils peuvent contempler le ciel dégagé, voir les saisons qui varient et admirer le lierre qui se déploie. Au premier étage, les tombes sont presque invisibles, c’est surtout l’horizon qui saisit l’œil. Et à Paris, cette vue sur la nature, les arbres, la lumière, les oiseaux sont pour elle un cadeau inestimable.
Ses filles grandissant, l’endroit a peu à peu repris ses contours de cimetière. Il fait partie de l’environnement quotidien dans les parcours entre la maison, l’école ou le parc. On y cherche la tombe d’un chat qui ne s’y trouve pas, on y teste des talkies-walkies, on regarde à quoi ressemble l’appartement vu de dehors, on y déniche un recoin où une dame insaisissable cultive peut-être des fleurs …
Hanaé chemine dans son propos, c’est important pour elle de me dire à nouveau ce qui en fait - dans son cœur - un espace si généreux. Regardé quotidiennement, ce lieu extra-ordinaire et pourtant si familier, lui offre de nouveaux détails, de nouvelles réflexions, de nouveaux questionnements et une forme de tranquillité.
Hanaé doit filer, elle se demande si elle n’est pas en train de marcher depuis un moment à l’opposé de sa destination : raconter cette histoire et consulter son GPS ne sont pas des activités compatibles.
Je la laisse et je reste songeuse à l’imaginer commençant ses journées, une tasse d’eau chaude à la main, contemplant le ciel changeant au-dessus du cimetière.
Une chanson à fredonner : Ils me rient tous au nez, de la chanteuse Theodora. Quelle joie de pouvoir découvrir de nouveaux morceaux – pardon de nouveaux sons – grâce aux jeunes mélomanes de mon entourage !
Un texte pour s’alléger : Faire de la place, de Karine Sahler. Entre sociologie, philosophie, témoignage et propositions pratiques l’autrice interroge ce qui nous encombre et pourquoi. Mêlant la vie physique et la vie intérieure, elle propose des sentiers vers plus de légèreté et d’apaisement.
Des pop-ups dans lesquels plonger : j’aime beaucoup les dessins de l’artiste Judit Orosz mais j’adore la simplicité et l’inventivité de ses pop-ups ! Elle propose d’ailleurs des modèles en pdf pour fabriquer le vôtre …
Et voilà, la newsletter de janvier est finie. On se retrouve à la nouvelle année, à la fin du mois de janvier. En attendant :
- Si cette newsletter vous a plu, cela me ferait chaud au cœur que vous la fassiez connaître autour de vous, histoire qu’elle circule de-ci de-là pour toucher d’autres personnes encore.
- Si vous avez envie, à votre tour, de me raconter une de vos Merveilles Ordinaires pour qu’elle apparaisse dans une prochaine édition, n’hésitez pas à m’écrire en répondant à ce mail.
- Et si vous venez juste de rejoindre Merveilles Ordinaires, bonne arrivée ! J’espère que vous y prendrez goût … pour retrouver les précédents numéros c’est ici