Jour après jour, nos habitudes nous racontent.
Merci pour vos messages et vos réponses à mes interrogations suite à la précédente newsletter. J’ai pris le temps de laisser flotter dans l’air mes envies, de jouer avec et de les laisser s’accroître, s’éteindre ou se transformer.
Merveilles Ordinaires se poursuit et garde son intention première : vous encourager à regarder ce qui vous entoure avec un œil curieux et réjoui.
Le contenu des newsletters variera selon la saison et mes humeurs – je me suis rendue compte que la structure en rubriques m’avait aidée à me lancer mais était devenue peu à peu trop contraignante.
Pour finir ce mois de mars en beauté, j’ai eu envie de vous parler d’amitié, de gestes que l’on fait sans trop y penser et de poésie.
Bonne lecture !
Le matin, lorsque je m’en vais vers mon travail de bureau, je traverse le bois de Vincennes à pied. Je quitte progressivement les rues animées aux automobilistes impatients, je commence à croiser des personnes avec leur chien revenant de leur promenade matinale. Le chant des oiseaux devient plus présent, l’herbe ploie sous mon pas et mes chaussures sont mouillées par la rosée. Je prends le temps de regarder les arbres et les individus que je croise, mon esprit gambade et s’ébroue.
Lorsque la ville réapparaît au bout de l’allée cavalière, je sais que le métro n’est plus loin. Je suis gonflée d’énergie et de possibles. Immanquablement alors, ma main fouille ma poche et s’empare de mon téléphone. C’est instinctif.
J’ouvre l’application, j’enregistre un message vocal pour mes amies. Je leur raconte mon état d’esprit, la journée qui s’ouvre devant moi, les petites péripéties de mon quotidien. Je les questionne sur leurs propres cheminements ou programmes, je souris avec affection en pensant à elles.
Il y a quelques jours maintenant, je me suis rendu compte que je fais toujours ce geste au même endroit : à l’approche d’un arbre mort dont la transformation progressive me fascine.
Maintenant que je le sais, je nous regarde avec tendresse l’arbre et moi, pris dans ce rituel tacite.
En octobre 2024, j’ai participé à l’atelier de Nathalie Séjean « Archiver l’intime». La proposition était la suivante : pendant un mois, chaque participant.e allait « produire une archive intime audio ou écrite d’une personne, d’un lieu, d’un souvenir » soutenue par les bons conseils de Nathalie et l’énergie du collectif.
Après quelques tâtonnements, j’ai choisi mon sujet : les gestes que nous faisons au quotidien, la plupart du temps sans y penser; ceux que notre corps et notre cerveau enclenchent machinalement.
J’ai alors proposé à mon entourage de faire une pause et de me raconter dans un vocal un de leurs gestes coutumiers. Vingt-sept personnes ont répondu et ont partagé une parcelle de leur vie quotidienne ainsi que les pensées ou réminiscences provoquées par cet exercice.
Si vous voulez les écouter, les quatre courtes compilations sont ici : Nos gestes quotidiens
Et vous ? Quel est le geste que vous faites de façon réflexe et auquel vous auriez envie d’accorder plus d’attention ?
Un poème pour se souvenir : Crépuscule marin de Yannis Ritsos traduit par Pascal Neveu. Le poète grec observe le quotidien, s’abreuve à chaque détail - même un geste machinal - pour nourrir sa soif de vivre.
Une chanson pour vibrer : What to make of me d’Olive Klug. J’aime l’énergie, la voix et la présence de cette personne : émotions et textes puissants, de la folk d’aujourd’hui et une voix qui marque – filez regarder cette vidéo acoustique ! Pour la joie des yeux et des oreilles.
Des photos pour sourire : Early works de Martin Parr. Vous connaissez peut-être ce photographe au regard impertinent et grand appréciateur du kitsch … mais avez-vous déjà vu ses photos en noir & blanc ?
Et voilà, la newsletter de mars touche à sa fin ! Si elle vous a plu, cela me ferait chaud au cœur que vous la fassiez connaître autour de vous, histoire qu’elle circule de-ci de-là pour toucher d’autres personnes encore.
Et si vous venez juste de rejoindre Merveilles Ordinaires, bonne arrivée ! J’espère que vous y prendrez goût … pour retrouver les précédents numéros c’est ici.