Petites rondes, grandes découvertes
Pour finir ce mois d’avril en accord avec le ciel bleu et les jeunes pousses, je vous propose de regarder autour de vous là où la nature se faufile et se déploie.
Bonne exploration et bonne lecture.
Je me fais régulièrement rappeler à l’ordre quand je marche dans la rue le matin avec ma fille de dix ans. Il paraît que j’ai une fâcheuse tendance à chantonner – pas très discrètement qui plus est – des âneries de mon invention … et, manifestement, c’est « trop gênant » !
Il y a une chose pourtant que ma fille tolère encore et qui me reprend à chaque printemps depuis l’année du confinement.
Dès que je sors de chez moi et que je parcours mon quartier à pied, je me lance dans une chasse au trésor : je cherche les glycines et les lilas en fleurs. J’active mon radar et dès que j’aperçois l’un des deux je crie sans attendre, parfois au milieu d’une phrase, « glycine ! », « lilas ! ». Et comme j’habite un quartier pavillonnaire les conversations peuvent vite être saucissonnées d’interjections florales …
Parfois, « c’est de la triche », parce que je connais le chemin et que je sais déjà où sont les prochaines avalanches violettes, parfois nous passons devant un portail ouvert habituellement fermé et le lilas caché se révèle, parfois aussi j’en oublie et je les redécouvre avec enthousiasme.
Ma fille se laisse prendre au jeu mais elle reste bien plus digne bien sûr : elle pointe seulement du doigt, avec un petit air satisfait, la glycine qui m’avait échappée.
Océane Azeau est autrice-illustratrice et j’ai découvert son travail sur LinkedIn il y a quelques mois. J’ai été très touchée par la douceur attentive de son trait et ce qu’elle choisissait de dessiner. J’ai ensuite lu sa fantastique newsletter « Les lettres du terrier » où elle partage ses réflexions sur les liens entre l’art et la nature. Alors, j’ai pris mon enthousiasme à deux mains et je l’ai contactée pour un portrait un peu particulier.
Mon idée ? Rencontrer une personne dont j’apprécie le regard et vous la faire découvrir au travers d’un lieu qu’elle fréquente au quotidien.
Au début, Océane me raconte sa fascination pour les « beaux paysages nordiques », ceux qu’on trouve sur Pinterest et où on fantasme de s’échapper quand le quotidien nous semble un peu trop étroit ... Elle les a dessinés d’après photo, s’est nourrie de leur beauté jusqu’à ce que quelque chose la gêne. Un léger sentiment de décalage sans doute. Ces paysages lui apparaissent peu à peu comme un décor, une échappatoire face à une vie urbaine où la nature fait défaut.
Comme Océane est une personne déterminée et réfléchie, elle prend alors une décision : celle de regarder sa ville – Lille - avec des yeux neufs. Et là, par une magie dont seule l’attention a le secret, le petit square en bas de chez elle se transforme !
Elle le traverse matin et soir, c’est une bulle de verdure dans sa ville, une respiration. Il n’a rien de sauvage pourtant mais alors qu’elle s’attache à l’observer en détail … un microcosme aux variations infinies se révèle.
Sans hésiter et avec passion, elle me raconte ce qu’elle y a découvert : les arbres, les plantes, les enfants, les oiseaux, la fontaine, les petits animaux nocturnes, les tables de ping-pongs, les trois chemins, les chauves-souris …
Sa voix se fait presque hypnotique alors qu'elle égrène ses trouvailles : le couple de pies dans le marronnier qu’elle voit depuis sa cuisine au quatrième étage, la sortie des classes de l’école primaire, les pigeons ramiers, les perruches vertes à collier, les bancs publics, les mésanges, une fauvette à tête noire qu’elle entend chanter sans jamais réussir à la voir, le bruit de la rocade en arrière-plan, un héron fugace égaré entre deux plans d’eau, un arbre mort, les enfants qui s’ébrouent dans la fontaine, les bambous, des perce-neige, des tulipes, des muscaris, les insectes qui s’agitent … la liste semble infinie et le square bourdonne de vie.
En l’observant attentivement Océane étire le temps et l’espace : elle lui confère des dimensions insoupçonnées, apprend à reconnaître la faune et la flore, l’habille de ses mots et de ses dessins, enregistre ses chants d’oiseaux, consigne ses découvertes dans des carnets.
Elle le dit tout simplement : « Me sentir bien là où je vis passe par la façon dont je regarde mon quotidien ».
Everything matters, Aurora et Pomme : une chanson à écouter en chemin, en marchant, pédalant, conduisant, regardant par la fenêtre depuis le bus ou le train …
L’application Birdnet : pour identifier les chants d’oiseaux autour de vous, à la ville comme aux champs, et peu à peu avoir le plaisir des les reconnaître par vous même.
Après le virage, c’est chez moi de Marie Kock : un texte comme une randonnée pour témoigner de la variété et de la vitalité de ce qui nous attache aux lieux réels ou imaginaires où nous nous sentons chez nous.
Si cette newsletter d’avril vous a plu, cela me ferait chaud au cœur que vous la fassiez connaître autour de vous, histoire qu’elle circule de-ci de-là pour toucher d’autres personnes encore.
Si vous venez juste de rejoindre Merveilles Ordinaires, bonne arrivée ! J’espère que vous y prendrez goût … pour retrouver les précédents numéros c’est ici.