Sortilèges de saison

Une pincée de joie, un soupçon d'épuisement, une lichette d'espoir : secouons très fort et voyons voir ...

Merveilles Ordinaires
4 min ⋅ 29/12/2025

La fin d’année approche doucement. Peut-être avez-vous songé aux tumultes et aux joies des douze derniers mois ? Peut-être imaginez vous ce que les prochains vous réserveront ? Ou peut-être êtes-vous au bord de la saturation entre flash-back et projection ?
Installez-vous au calme quelques minutes et oubliez tout ce qui vous entoure.

Tourbillon et feux de bois

J’ai de la chance, je suis en vacances !

J’ai de la chance : je peux itinérer entre différentes maisons et différentes familles pour mener mes activités hivernales favorites : marcher dehors dans le froid qui pique, bouquiner au chaud près d’une cheminée, manger des plats délicieux et faire des jeux de société, le tout en très bonne compagnie.

J’ai de la chance.

Pourtant, cette période de l’année me colle le tournis pour de multiples raisons.

Quand ce type de vertige me submerge, je me concentre généralement sur du très petit. J’observe en détail un objet, un coin de la pièce ou du paysage, les habits d’une personne. C’est une forme de réflexe dont je n’ai presque plus conscience tellement il m’est familier.

Ces derniers jours, à la place, j’ai préparé des chocolats chauds et des tartines à différents enfants et adolescents. Je vous le recommande, cela a un effet tout à fait réconfortant en ce qui me concerne.

Le matin comme au goûter, je dose le lait et le cacao, je cherche la bonne température - ni trop tiède ni franchement brûlant ; je choisis le pain favori des unes et des autres, je grille ou non, je beurre (salé ou doux) ou pas, j’ajoute la confiture désirée ou la pâte à tartiner avec une générosité variable pour réjouir sans écœurer.

Je suis alors très concentrée, plus du tout éparpillée et très contente de moi quand je vois leurs sourires et leurs moustaches chocolatées.

Faisons une expérience …

Pour finir décembre en beauté, je vous propose de vous concentrer un bref instant et de

dire une syllabe à voix haute

Voyons voir … dites-en une autre ? Ah oui, pas mal ! Et une dernière s'il vous plaît ? Oh la la !
Quelle chance vous avez !
Vous venez de nommer votre objet magique ! Celui qui va rendre 2026 encore plus radieuse et réjouissante !

Prenez le temps maintenant de décrire cet objet, sa taille, son aspect, sa texture ... à quoi ressemble-t-il ? Tient-il dans votre poche ? Est-il d'intérieur, d'extérieur ou les deux ? …

Une fois ses contours installés, plongez-vous dans ce qui fait son utilité... Rappelez-vous, c'est un objet magique ! Que permet-il de ressentir, d'imaginer, de réaliser ou de transmettre peut-être ?

N'hésitez pas à poursuivre cette enquête en dessinant ou en fabriquant cet objet à votre façon, en le faisant connaître à votre entourage, en partageant ses pouvoirs ... ou tout autre chose que vous jugerez plaisante pour vous.

En voilà une bonne chose de faite !
Et pourtant, toujours pas de leçon ni conclusion à ce petit jeu.

Je suis très curieuse d’en savoir plus sur ce que vous aurez créé : si vous en avez l’élan, n’hésitez pas à me raconter votre objet magique.

La Merveille Ordinaire de Raphaëlle M.

Raphaëlle m’appelle un lundi de bon matin. Elle est en voiture, je suis à pied, nous sommes toutes les deux en chemin vers le travail. Je sens dans sa voix le grand plaisir de pouvoir me raconter SA merveille ordinaire et, le téléphone calé entre l’épaule et l’oreille, je tente avec difficulté d’extirper mon stylo et mon carnet de mon sac à dos.

Elle me rappelle d’abord – et elle a bien raison – que dans sa nouvelle vie elle se déplace dorénavant en fourgonnette pour visiter des stations d’épuration. J’ajuste instantanément mon image mentale qui l’installait toute pimpante dans sa voiture, pour une version avec ciré réfléchissant et chaussures de sécurité. Au volant d’une fourgonnette, donc.

Raphaëlle me raconte que, quelques jours plus tôt, elle roulait le long de la côte bretonne en s’interrogeant sur la vigueur des giboulées qui avaient déversé sur son véhicule une alternance de pluie et de grêle. Alors qu’elle poursuivait sa route sous un crachin de saison plus raisonnable, elle a aperçu au loin un très bel arc-en-ciel.

Je l’imagine se pencher légèrement en avant au-dessus du volant pour mieux l’admirer. Il est superbement dessiné et une de ses extrémités repose sur la courbure de la route, pile dans la direction où elle se dirige … elle va pouvoir passer dedans !
Premier ravissement : lorsqu’elle s’approche et que sa fourgonnette se faufile au travers de l’arc-en-ciel radieux celui-ci ne s’évanouit pas, il est bien là et elle profite intensément de ce passage.

Alors qu’elle est toute à sa joie de ce moment singulier, voilà qu’elle aperçoit quelques virages plus loin un autre arc-en-ciel ! Il est un peu différent et semble lui aussi l’attendre. Son cœur bat plus vite, elle se raisonne : ce n’est probablement un reflet sur le pare-brise.
A son abord, deuxième ravissement - les couleurs sont bien là et ne s’esquivent toujours pas lorsqu’elle les traverse.

Quand elle aperçoit au loin un troisième arc-en-ciel, elle ne réfléchit plus et accueille avec gratitude la générosité céleste et ce troisième ravissement.

A ce moment là de notre conversation, nous respirons toutes les deux en silence. Je pense à Raphaëlle : le chiffre trois est magique j’en suis sûre et ces arcs-en-ciel annoncent d’autres perspectives.

Lentement, elle reprend la parole pour évoquer les aspects ingrats de sa reconversion professionnelle : son besoin d’être attentive au beau autour d’elle en est comme attisé, dit-elle.
Au point de lui offrir trois arcs-en-ciel pour finir l’année en beauté.

Trois propositions pour nourrir votre curiosité et votre imagination :

Un roman flamboyant : Fille, femme, autre de Bernardine Evaristo publié en français chez Globe. Douze femmes noires de dix-neuf à quatre-vingt treize ans racontent leurs vies, leurs libertés, leurs identités dans l’Angleterre d’aujourd’hui. Je l’ai lu il y a cinq ans et il reste toujours vivace dans ma mémoire.

Une chanson d’amour bien sûr : Todo el amor, de Sofia Viola interprété avec Dolores Aguirre et Julia Ortiz; un trio argentin saisissant. Trois voix de femmes pour tout brûler et tout laver avant de commencer une nouvelle année.

Une exposition qui fait “pop” ! : Flops?! oser, rater, innover au Musée des Arts et Métiers à Paris jusqu’au 17 mai 2026. A la jonction appétissante de la poésie et de l’industrie se trouve le flop, cette tentative pas tout à fait réussie de proposer un truc nouveau … une expo qui fait pétiller le cerveau (et glousser devant certaines inventions).

Et voilà, la newsletter de décembre est finie. On se retrouve à la nouvelle année, à la fin du mois de janvier. En attendant :
- Si cette newsletter vous a plu, cela me ferait chaud au cœur que vous la fassiez connaître autour de vous, histoire qu’elle circule de-ci de-là pour toucher d’autres personnes encore.
- Si vous avez envie, à votre tour, de me raconter une de vos Merveilles Ordinaires pour qu’elle apparaisse dans une prochaine édition, n’hésitez pas à m’écrire en répondant à ce mail.
- Et si vous venez juste de rejoindre Merveilles Ordinaires, bonne arrivée ! J’espère que vous y prendrez goût … pour retrouver les précédents numéros c’est
ici

Merveilles Ordinaires

Par Judith Matharan

Je suis passionnée de lectures, de lumières et de rencontres.
J’aime bien flâner aussi : le nez au vent, l’œil qui s’enchante et l’oreille attentive.

J’écris depuis longtemps pour être efficace (dans le cadre de mes études puis de mon activité professionnelle) en tâchant d’être concise et pédagogue.

Ici, je m’essaye à une autre écriture - un peu plus personnelle - avec toute les incertitudes et la magie d’une nouvelle expérience.

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