Rêvées, réelles, récentes, réjouissantes ou révélatrices.
Bienvenue à celles et ceux qui ont rejoint cette newsletter dernièrement et merci aux camarades de septembre qui m’ont écrit pour me raconter leurs propres listes infernales ! Je me suis sentie en très bonne compagnie et j’ai beaucoup ri.
Ce mois-ci, petite nouveauté, je vous propose une nouvelle rubrique. « La Merveille Ordinaire de … » raconte l’histoire d’une lectrice ou d’un lecteur, son regard sur son quotidien, ses enchantements personnels.
On l’étrenne avec la Merveille Ordinaire de Camille L. : délicieuse, délicate et de saison.
En avant et bonne lecture !
J’étais chez moi, à mon bureau, plongée dans les dernières heures d’une journée de travail et de concentration. Le dos un peu trop voûté, les yeux vissés à l’écran, j’oscillais entre réunions et séries de tâches à accomplir par ordre de priorité.
Passant du français à l’anglais en essayant de ne pas y perdre mon latin, je sentais la fatigue me gagner. Mon thé avait refroidi, une fois de plus. Je connaissais l’itinéraire de cette journée par cœur : bientôt la tête qui chauffe, les jambes impatientes et la grande question du repas du soir. J’ai regardé sans le voir le ciel gris par la fenêtre, toute disposée à le trouver morne.
En baissant les yeux, devant moi dans la cour, un renard.
Pas un renard roux de conte de fées, non, un renard un peu maigre, au pelage discrètement fauve et gris. Un renard arrêté sur les dalles, qui me regardait avec appréhension.
Mon cerveau a perdu le fil, ne sachant que faire de cette apparition incongrue, ni comment la raccorder au mail à relire avant de l’envoyer. Je suis restée figée. Et puis, comme un afflux intérieur, la grande joie de la surprise.
J’ai bondi de ma chaise, j’ai appelé ma fille en chuchotant comme une perdue : « Un renard ! Un renard ! Si, si, je te dis, un renard ! » Il avait filé bien sûr et nous avons essayé de le retrouver en passant de fenêtre en fenêtre avec enthousiasme et précaution mais sans succès.
J’ai gardé jusqu’au coucher cette exultation enfantine, rejouant dans ma tête la brève rencontre.
Je publie cette newsletter le jour d’anniversaire de mon amie Agathe, à qui je dédie ce récit, connaissant sa passion durable pour les goupils.
Faisons une expérience …
Pour finir ce mois d’octobre bien au chaud, je vous propose de
jouer avec votre nourriture
peut-être vous a-t-on dit, enfant, que ce n’était pas une bonne idée mais vous êtes adultes maintenant et, vous verrez, ce n’est pas si grave !
Vous pouvez manger votre repas à l’envers (en commençant par le dessert), changer le contenant de votre nourriture (en passant de l’assiette au bol ou vice-versa), composer un plat ou un repas d’une seule couleur (façon Sophie Calle), faire apparaître des visages dans vos assiettes (en ordonnant vos aliments à votre guise), vous lancer dans le concours du plat le plus moche, tenter le sandwich le plus improbable ou tout autre chose qu’il vous amuserait de faire avec votre repas ou votre en-cas …
Tant que vous êtes sur votre lancée, pourquoi ne pas photographier cette microscopique aventure ? Ou bien, peut-être, prendre le temps de considérer ce que vous y avez trouvé de divertissant, ce que cela a provoqué en vous d’agréable ou de déconcertant ? Proposer à votre entourage de poursuivre l’expérience à plusieurs ?
Rien de plus. Décidément, pas de morale ni de conclusion à ce petit jeu.
J'espère que vous aurez souri – même brièvement - en vous lançant dans ce divertissement impromptu. N’hésitez pas à m’écrire pour me raconter ce que vous avez fait de votre repas ou à m’envoyer vos meilleures photos.
Camille commence par me prévenir qu’elle n’est pas très tournée vers l’ésotérique, manière de me rappeler que ce qu’elle va me confier n’est pas une expérience paranormale mais bien une douceur cueillie et accueillie dans son quotidien.
Ne nous attendons à rien d’extravagant, donc.
Ces derniers temps, Camille a beaucoup songé à ses deux grands-pères. Ils sont partis depuis plus de 25 ans pour l’un et plus de 5 ans pour l’autre. Elle se retrouve à penser à eux, dans une forme de flou, une somnolence agréable. Elle ne sait pas pourquoi.
De façon impromptue, elle entend leur voix, leurs intonations, elle retrouve les expressions affectueuses de leurs visages. Elle perçoit la caresse tendre et rugueuse de leurs mains sur la sienne. Elle voit leurs habits, cette élégance des gens modestes qui prennent soin de leurs vêtements. Elle sent même leur odeur.
Ce souvenir d’eux est fait de sensations. Ils sont là.
Cette phrase qui lui a longtemps semblée niaise - « Les morts vivent dans nos souvenirs » - prend une autre texture. Les deux figures protectrices offrent chaleur et réconfort intemporels.
Rien d’extravagant dit-elle, mais tout de même un cadeau. Aussi bouleversant qu’inattendu.
Une chanson d’amour et de temps qui passe : My Heart de Lizz Wright. Grâce à Arnaud à qui je l’ai fait écouter en 2008 et qui l’a fait resurgir dans notre salon il y a quelques jours avec tous les souvenirs associés.
Une ode aux instants précieux : Le sel de la vie de Françoise Héritier. Grâce à Pauline d’abord qui me l’a offert en 2018, puis à Amélie et Camille qui m’ont dit ensemble que c’était le bouquin parfait pour cette newsletter.
Des dessins pour révéler les souvenirs : dans sa série “Amours Fantômes”, Mathilde Domecq dessine avec délicatesse et sensibilité les gens qui restent. Et sa lampe UV révèle celles et ceux qui les accompagnent encore … Elle vient d’ailleurs de publier un livre issu de ce superbe projet.
Et voilà, la newsletter d’octobre est finie. Mais quelques mots encore :
- Si elle vous a plu, cela me ferait chaud au cœur que vous la fassiez connaître autour de vous, histoire qu’elle circule de-ci de-là pour toucher d’autres personnes encore.
- Si vous avez envie, à votre tour, de me raconter une de vos Merveilles Ordinaires pour qu’elle apparaisse dans une prochaine édition, n’hésitez pas à m’écrire en répondant à ce mail.
- Et si vous venez de rejoindre Merveilles Ordinaires, bonne arrivée ! J’espère que vous y prendrez goût … pour retrouver les précédents numéros c’est ici