Observations méticuleuses

Sur quoi allez vous décider de porter votre regard aujourd'hui ?

Merveilles Ordinaires
4 min ⋅ 29/11/2025

Déjà la 10ème édition de Merveilles Ordinaires ! C’est une grande joie pour moi de voir perdurer cet élan d’écriture et de me rendre compte qu’il alimente réflexions et conversations. Je vous remercie infiniment pour vos lectures attentives, vos mails, messages et encouragements : je craignais que cette expérience ne soit un peu trop solitaire à mon goût mais je me trompais lourdement.

Si vous pensez à des personnes qui pourraient apprécier cette newsletter, n’hésitez pas à leur envoyer ce lien https://tinyurl.com/hmb64k84 : je suis partante pour une fin d’année en fanfare avec toujours plus de joyeuses luronnes et de joyeux lurons pour la lire !

Sous mes yeux

Hier matin, j’ai regardé très attentivement une photo que je connais par cœur depuis de nombreuses années. Pourtant, ici, ce qu’elle représente importe peu, même si elle compte beaucoup pour moi et convoque de nombreux souvenirs d’enfance. 

J’ai observé cette image dans ses moindres détails, ne me laissant pas embarquer par ce qui saute aux yeux - son côté loufoque et même drôle.

J’ai arpenté son décor, flâné en admirant son arrière-plan, pris le temps de recenser la texture des habits, les coupes de cheveux, les expressions nuancées des visages, les gestes et la posture de chacune des deux personnes qu’elle a fixé dans le temps.
J’ai passé ma main sur ses bords élimés, constaté son léger jaunissement, relu avec tendresse les annotations à son verso.

C’était vertigineux.

Ce tirage habite dans le premier tiroir de mon bureau. Celui que j’ouvre deux à trois fois par jour au moins, pour prendre un câble, de la patafix, un post-it ou bien pour fourrager à la recherche du bout de papier sur lequel je me souviens parfaitement d’avoir noté quelque chose d’essentiel. Chaque jour, je l’aperçois, coincé dans mon bazar.

Ce matin, j’ai regardé très attentivement une photo que je connais par cœur : cette lente contemplation nous a métamorphosé toutes les deux.

Un très grand merci à Alice qui a permis - par ses propositions - la résurrection de cette image bien aimée.

Faisons une expérience …

Pour finir ce mois de novembre sans perdre notre allant, je vous propose de tout arrêter et de

faire des grimaces

là, maintenant, sans attendre. Mais non vous ne resterez pas coincé.es comme ça, je vous le promets !

Vous pourriez simplement tirer la langue, dilater inhabituellement vos narines ou bien gonfler vos joues, ou alors froncer les sourcils au maximum … Penserez-vous à des loufoqueries ou des atrocités jusqu’à ce que votre visage se transforme de l’intérieur ? Ferez-vous surgir un personnage inconnu de vous pour lui donner sa chance ? Et, tant que vous y êtes, que fait votre corps dans cette affaire ? Reste-t-il impassible ou joue-t-il lui aussi ?

Qu’allez-vous donc inventer …

Une fois lancé.e, pourquoi ne pas étirer ce moment ? Arpenter toute une panoplie d’expressions ou bien en faire durer une seule aussi longtemps que cela vous chante… Peut-être aurez vous envie de vous regarder dans un miroir, de vous prendre en photo ou de jouer à plusieurs …

Rien de plus. Ni leçon ni conclusion à ce petit jeu.

J'espère que cette brève gymnastique aura constitué une pause joyeuse dans votre quotidien. N’hésitez pas à m’écrire pour me raconter ce qu’il s’est passé en vous ou à m’envoyer une photo de votre expression favorite !

La Merveille Ordinaire de Pauline B.

Pauline revient d’un rendez-vous en ville. Elle rentre chez elle à vélo pour pouvoir me téléphoner en pédalant. Je l’entends parfois saluer d’autres cyclistes et j’essaie d’imaginer les paysages qu’elle traverse et qui restent lointains pour moi.

Pauline a décidé de me parler d’une fleur de zinnia, une en particulier. Elle aime ces fleurs depuis toujours. En novembre, ce sont elles qui éclairent son potager entre les tomates que le mildiou attaque et les dernières courgettes de la saison. Elles font de beaux bouquets qui durent longtemps. D’ailleurs, il y en a un sur le bar dans sa cuisine.

Pauline me raconte le déjeuner avec son « mec », leurs conversations - à haute teneur logistique - de parents de trois enfants alors que la petite dernière dort juste à côté… et elle me dit : « Tout à coup, dans le bouquet, je vois cette fleur. »

Pauline me raconte en détail la jonction entre la tige et les pétales, ce vert délicat et intense qui ressemble à des écailles bien rangées les unes à côté des autres. Elle pense à des ailes de papillon vues à la loupe, bien apposées contre la couleur éclatante du pétale. A du papyrus.

Elle n’en revient pas de ne voir cette beauté que maintenant. C’est comme une surprise que lui fait la fleur, quelque chose qu’il lui est accordé de voir. Comme si celle-ci lui avait soudainement dit « Regarde un peu sous ma jupe ! »

Pauline s’échauffe et me raconte à quel point elle observe pourtant les zinnias en détail depuis de longues années : la grande variété possible des couleurs de pétales, comment le centre de la fleur semble fait d’une multitude de petits cœurs, les filaments jaunes aux courbes surprenantes qui s’en échappent … Maintenant de retour chez elle, elle m’envoie tout en me parlant une série de photos pour que je vois – moi aussi – leur somptueuse beauté.

Quand elle reprend son souffle, elle affirme : « J’observais tellement la fleur que je n’avais jamais regardé le reste. » - à la fois saisie et réjouie de ce constat.

Mais nous n’en avons pas fini et il lui faut en avoir le cœur net : ce zinnia qu’elle voit d’un nouvel œil, est-il si singulier ? Sans raccrocher, elle file au jardin pour voir si les autres ont des revers aussi sublimes ou si elle a eu l’inestimable chance de tomber sur « la crème de la crème » …

Pauline en revient charmée : non, tous les zinnias n’ont pas des dessous aussi nets et jolis. Le sien est une vraie merveille de délicatesse.

Trois propositions pour nourrir votre curiosité et votre imagination :

Un court récit de fantasy : Spin de Nina Allan. En quelques 80 pages, plongez dans une Grèce parallèle aux couleurs chatoyantes pour suivre le destin d’une jeune tisserande dont les capacités créatives semblent chargées de pouvoir …

Une chanson en boucle : What it sounds like, du dessin animé K Pop Demon Hunters. De novembre à février j’écoute habituellement Leonard Cohen dont la voix profonde et les textes m’enchantent… pourtant je vous propose d’écouter ce tube de K Pop que ma fille a écouté en boucle dans sa version française et qui a fini par m’embarquer à mon tour.

Une exposition fertile : I dreamt of you in colors” d’Otobong Nkanga au Musée d’Art Moderne de Paris. Cette artiste nigériane incroyable convoque peinture, dessin, tissage, photographie, écriture, installation et minéraux pour raconter les liens essentiels entre les corps et les territoires. Cette expo a nourri mon âme et mon esprit.

Et voilà, la newsletter de novembre est finie. Quelques mots encore :
- Si elle vous a plu, cela me ferait chaud au cœur que vous la fassiez connaître autour de vous, histoire qu’elle circule de-ci de-là pour toucher d’autres personnes encore.
- Si vous avez envie, à votre tour, de me raconter une de vos Merveilles Ordinaires pour qu’elle apparaisse dans une prochaine édition, n’hésitez pas à m’écrire en répondant à ce mail.
- Et si vous venez juste de rejoindre Merveilles Ordinaires, bonne arrivée ! J’espère que vous y prendrez goût … pour retrouver les précédents numéros c’est
ici

Merveilles Ordinaires

Par Judith Matharan

Je suis passionnée de lectures, de lumières et de rencontres.
J’aime bien flâner aussi : le nez au vent, l’œil qui s’enchante et l’oreille attentive.

J’écris depuis longtemps pour être efficace (dans le cadre de mes études puis de mon activité professionnelle) en tâchant d’être concise et pédagogue.

Ici, je m’essaye à une autre écriture - un peu plus personnelle - avec toute les incertitudes et la magie d’une nouvelle expérience.

Les derniers articles publiés