J’espère que vous finissez ce mois d’août en douceur, dans une solitude choisie ou en excellente compagnie. Ce mois-ci on parle de transitions et de traversées. Bonne lecture !
Les favorites de l’été
C’est presque la fin de mes vacances, je suis assise dans une chaise-longue et je savoure le calme du soir après les fortes chaleurs de la journée. Autour de moi, chacun semble vaquer à ses occupations sans hâte.
Je prends mon téléphone et je regarde avec grand plaisir les photos que j’ai prise de notre petite troupe ces dernières semaines. J’efface les doublons et celles où tout le monde a la tête de traviole ou les yeux fermés. Je m’amuse des similitudes été après été, les activités des uns et des autres, les types de lieux, les tomates du jardin photographiées mille fois …
J’admire à nouveau la lumière dorée du soir, les enfants qui grandissent, les sourires et la connivence entre les convives. Je parcours en pensée nos balades matinales, je songe à nouveau à la chienne qui gambade et aboie après les poules, les moutons ou les vaches.
Curieusement je n’ai pas photographié la fuite d’eau dans la location, ni nos jambes recouvertes de piqûres de moustiques, ni mon air harassé sous 40 degrés. Ah tiens, j’ai aussi oublié de faire rentrer dans le cadre le départ en break avec un pneu pas assez gonflé et la chienne qui vomit dans les 10 premières minutes du trajet … comme c’est curieux.
Je poursuis ma promenade visuelle le sourire aux lèvres. Je prends le temps de marquer d’un petit cœur les images qui me touchent le plus, qui me semblent incarner la joie et la beauté de notre été. Celles que j’ai plaisir à envoyer à ma famille, à mes amies. Celle qui sera mon fond d’écran pour un temps.
Je me constitue un havre de chaleur et de douceur à contempler les jours moins libres ou moins gais.
Ce que j’archive me fortifie.
Portrait par un lieu familier – Elodie, la structure et le chaos
Elodie Cassignol est coach et data-designer, deux facettes professionnelles que j’ai découvertes sur LinkedIn. Dans les premières publications que j’ai lues d’elle, mêlant textes profonds et visuels saisissants, j’ai découvert ses interrogations personnelles sur la place et la forme du travail dans sa vie. J’ai aimé sa façon de raconter le doute et l’incertitude avec une clarté étonnante.
Alors, je l’ai contactée, lui ai proposé de partager un café « en vrai » pour nous parler, puis cette conversation estivale.
Mon idée ? Rencontrer une personne dont j’apprécie le regard et vous la faire découvrir au travers d’un lieu important pour elle.
Avec Elodie, on plonge directement dans le sujet qui a occasionné notre rencontre : le travail, son rôle, son influence dans nos vies. Particulièrement approprié pour un mois d’août qui se remet à peine à frémir…
Après avoir brossé à grands traits son activité et sa poursuite d’une façon de travailler la plus libre possible, elle marque une pause et me dit de façon assurée : « Je fonctionne par cycle professionnel de dix ans ». Les premiers sont marqués par l’envie de prouver sa valeur, d’être performante, de montrer qu’elle est à la hauteur.
Au printemps 2024, elle le constate, c’est la fin d’une boucle.
Et là, étrangement pour elle, Elodie ne ressent aucun élan professionnel. Ce silence intérieur la trouble sans vraiment l’inquiéter. Elle entame une traversée au long cours, elle le sent.
Que faire ? Quand on a grandi en s’ennuyant souvent et qu’on vous a transmis l’exigence d’une pratique sportive régulière, l’inaction est doublement infréquentable.
D’ailleurs, tout son entourage le lui dit « pour que ça se débloque, il faut que tu te lances, c’est dans l’action que se trouve la solution ». Alors, comme fréquemment j’en ai l’impression, si on lui prescrit quelque chose, Elodie se barre et prend les chemins de traverse.
Elle décide d’observer, analyser et de raconter cet espace-temps qu’elle arpente, celui de la transition. Apprendre, comprendre et transmettre sont les piliers de son allant.
Elle endosse les habits de l’enquêtrice, creuse ses expériences, les croise avec ses lectures, approfondit sa compréhension de ce qui se joue en elle et essaie d’en faire bénéficier les autres. Mille ramifications s’ouvrent sous ses pas (les nombreux articles et design en cours dans son ordinateur sont là pour l’attester).
En parallèle, Elodie découvre la vie quotidienne avec un enfant de quatre ans. La fatigue, l’amour, la relation à inventer, les grandes interrogations.
Quand je l’écoute, tout ce qu’elle éprouve me semble magiquement clair. J’ai du mal à entendre la part de flottement ou d’inconfort qu’elle ressent pourtant.
Elle le dit simplement : elle a besoin de contrôle pour se sentir tranquille. La structure est une vieille amie qui l’a soutenue pendant longtemps. Pourtant, et c’est la toute la beauté de son point de vue actuel, elle « fait le choix de composer avec l’incertitude plutôt que de lutter contre ».
Et le lieu d’Elodie alors me direz-vous ?! Quand je lui demande de me parler d’un endroit important pour elle, elle raconte les vacances à la montagne de son enfance, la multitude de cousins, l’ouverture immense ressentie physiquement…
J’attends un peu et, avec une pointe entre hésitation et pudeur, elle ajoute « Quand tu as posé la question, j’ai tout de suite vu la grande pelouse près de l’école et le moment où tout d’un coup elle fleurissait, se couvrait de pâquerettes. C’était intense et beau. Je me rappelle ma joie profonde. »
Pour découvrir le travail d’Elodie, ses textes, ses designs, sa newsletter, sa conférence
Trois propositions pour nourrir votre curiosité et votre imagination
La cartographe et autres nouvelles de Tove Jansson : 17 textes courts, tranquilles et parfois dérangeants. J’ai particulièrement aimé la nouvelle ‘La Cartographe’ où une vieille dame qui a passé sa vie à écouter les autres se met à dessiner une carte des relations humaines sur la base de toutes les confidences qu’on lui a faites. Traduit du suédois par Nolwenn Borrel et publié aux Livre de Poche.
Precious Memories chanté par Rosetta Tharpe : une voix inoubliable, puissante et douce, pour finir août en rassemblant les souvenirs les plus doux.
Photographs not taken, textes rassemblés par Will Steacy : l’auteur a demandé à soixante photographes contemporains de parler d’une photo qu’ils ou elles n’ont pas prise. Pour ne pas briser le moment, par pudeur, par erreur, par manque d’appareil pour la saisir … soixante photographies inexistantes dont le souvenir persiste pourtant. Malheureusement non traduit en français et publié chez Daylight.
Si cette newsletter d’août vous a plu, n’hésitez pas à la faire connaître autour de vous pour qu’elle continue son chemin ...
Si vous aviez envie d’une expérimentation, je vous propose de re-conduire celle que j’imaginais pour vous en août dernier. Je pense, présomptueusement, qu’elle est toujours aussi chouette !
Si vous venez juste de rejoindre Merveilles Ordinaires, bonne arrivée ! J’espère que vous y prendrez goût … pour retrouver les précédents numéros c’est ici.
