Pour finir ce mois harassant, je reviens à ce qui m’apaise : la lecture. Je vous emmène visiter mes manies livresques, je vous invite à un petit jeu façon Mme Irma et je vous propose des recommandations dans lesquelles piocher.
Bonne lecture.
Piles, tournis et grands appétits
Septembre, ses folles journées et ses listes à rallonges. J’imagine ce mois façon cartoon : l’invention diabolique d’un bourreau de travail - « 30 jours pour abandonner sans retour les joies des grandes vacances ! »
Rétive comme je suis, je résiste. Mais plus septembre se déplie, plus mon temps libre se réduit.
Je tente d’abord d’étirer mes lectures d’été : les essais lus dans la solitude et la fraîcheur du petit matin qui me donnaient le sentiment agréable de nourrir mon intelligence ; les pavés aussi interminables et délicieux qu’un repas de famille sous les ombrages ; les romances niaises et prévisibles, parfaites pour des siestes impromptues.
Hélas, je m’éparpille et j’entame successivement trois essais auxquels je n’accroche pas vraiment ; les pavés sont trop lourds et pas pratiques pour les transports en commun ; les clichés romantiques qui me faisaient sourire il y a quelques semaines encore m’agacent soudainement.
Pour ne pas rester sur un échec, je change de tactique.
Je range mes étagères avec méthode, comme je trierai des habits de saison. Je fais des piles et des piles de bouquins à donner, à déposer à la boite à livres du quartier ou à revendre. Ce faisant je perds un temps fou à les feuilleter bien sûr. Ils restent inertes dans un coin de la pièce, prennent un peu la poussière puis, par la grâce d’une frénésie domestique supplémentaire, disparaissent enfin.
Pendant ce temps, les tentations s’accumulent : ma libraire me conseille avec enthousiasme tel ou tel ouvrage, mes réservations sont arrivées à la bibliothèque, mes alertes pour des livres d’occasion inondent ma boîte mail … et je ne parle pas des ami/es qui me prêtent avec affection leurs découvertes estivales favorites.
Je dois me rendre à l’évidence, cette bataille est perdue d’avance.
Philosophe, je contemple les lectures de l’automne recouvrir peu à peu mon bureau et ma table de chevet comme les feuilles roussies ma pelouse.
Faisons une expérience
Pour finir le mois en s’en remettant au hasard, je vous propose de
pratiquer la bibliomancie un bref instant
derrière ce mot savant aux échos mystérieux se cache une pratique relativement simple, ne vous affolez pas.
Attrapez le premier livre que vous croisez (ou bien un livre que vous aimez tout particulièrement). Un roman, de la poésie, un livre de cuisine, une bande dessinée, un livre spirituel, une biographie … peu importe. Allez vers le livre le plus commode ou vers celui qui vous appelle.
Ouvrez-le au hasard et à l’aveugle puis posez votre doigt sur une phrase sans la regarder ni réfléchir. Une fois que vous y êtes, desserrez vos paupières et découvrez la phrase que le livre vous aura offerte.
Peut-être éclairera-t-elle votre journée, vos pensées ou vos songes …
Vous pouvez, bien sûr, trouver mille variantes à cette proposition … ouvrir le livre à la page portant exactement le nombre de votre anniversaire, choisir l’ouvrage selon votre humeur, demander à une main innocente de pointer une ligne pour vous, poser une question précise à la page, piocher deux phrases disjointes à des pages différentes et les faire dialoguer et tout ce que vous aurez la joie d’imaginer.
Et toujours pas de leçon ni de conclusion à ce petit jeu. C’est une constante.
Et comme je suis toujours très curieuse, je serais ravie que vous me disiez sur quelle phrase vous êtes tombé.e et comment elle a résonné pour vous !
(Merci à Sarah pour notre échange de janvier 2026 qui m’a encouragée à partager ici ce petit jeu familier.)
Trois propositions pour nourrir votre curiosité et votre imagination
Soixante-neufs tiroirs, Goran Petrovic : un roman fantastique et poétique. Alors qu’il entame la lecture d’un livre rare dont on lui a confié la correction, un étudiant se retrouve plongé dans ses décors et son déroulement. Il y fait la rencontre des autres personnes en train de le lire au même moment …
Traduit du serbe par Gojko Lukić et paru aux éditions Zulma.
L’art de la lecture, David Trigg : un beau livre à feuilleter avec délice. Il donne à voir à travers les âges tableaux et œuvres d’art autour du livre et de la lecture. Publié chez Phaidon
Kerity et la maison des contes, Dominique Monfery et Rebecca Dautremer : un film d’animation délicieux. A bientôt 6 ans, Natanael ne sait pas encore lire. Quand sa tante lui lègue sa bibliothèque il est perplexe et vexé. A la nuit tombée les personnages sortent des livres pour l’alerter d’un grave danger …
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